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Rencontres Les Rencontres à lire de Dax ont donné rendez-vous à Nedim Gürsel

Les Rencontres à lire de Dax ont donné rendez-vous à Nedim Gürsel

Dans le cadre des rencontres à lire de Dax, la Médiathèque départementale des Landes a proposé dimanche 28 avril 2013 un rendez-vous avec Nedim Gürsel, animé par Jean-Antoine Loiseau, critique littéraire.

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Cet auteur turc, enseignant à l'école des langues orientales à Paris qui partage sa vie entre Istambul qu'il a dû quitter malgré lui et Paris, lauréat de nombreux prix littéraires, a écrit une trentaine d'ouvrages, nouvelles, essais, récits de voyage et romans dont l'Ange rouge, son tout dernier dont il a parlé longuement.

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« Le dernier livre est toujours le premier amour ». Ce livre retrace l'itinéraire de Nazim Hickmet, poète turc communiste, très connu dans son pays et en France dans les années 70, figure emblématique du XXème siècle marqué par la chute du mur de Berlin et la fin du communisme.



L'auteur connaît parfaitement la vie de ce poète qu'il a étudié à partir d'archives. Il a souhaité en faire un véritable
personnage de roman car sa vie d'errance, son engagement politique l'a passionné.  Nazim Hickmet a passé 16 ans de sa vie dans les prisons d'Anatolie avant de mourir en exil en Russie. Ce livre est un roman politique et une réflexion sur le communisme.


Le parcours de Nazim Hickmet qui restera fidèle à ses convictions jusqu'au bout malgré l'échec du communisme ressemble fort à celui de Nedim Gürsel, lui aussi contraint à l'exil, passionné de poésie et de voyages. Il est actuellement poursuivi par la justice turque pour son livre « Pour les filles d'Allah ». L'auteur nous a expliqué qu'il a été surpris par ce procès qui dure depuis plus d'un an car pour lui, ce livre se voulait être une réflexion sur le coran, un regard critique sur la religion sans offense pour la religion musulmane. Mais il a pu constater à ses dépens que la liberté d'expression est impossible concernant le prophète de l'islam et que l'on ne peut pas en faire un personnage de roman dans la littérature turque.

 

IMG 3800L'auteur s'interroge sur son pays laïc et démocratique -ce dont il doute-et espère qu'il intègrera la communauté européenne pour s'affranchir peu à peu des pressions des communautés musulmanes trop autoritaires.


L'auteur a la passion des villes, Istambul, Moscou, Berlin qu'il décrit  avec une précision « topographique » et émotion, ville qu'il aime assurément, ambivalente, à la fois romantique car entourée de lacs mais dont le fantôme de l'histoire, ses tragédies et violence restent très présents.


Il n'écrit sur les villes que s'il y a vécu lui-même et s'est toujours intéressé au regard que peut porter un grand écrivain sur la ville. Il a donné l'exemple de la ville de Prague et son influence sur l'œuvre de Kafka.


Sa situation d'exilé a toujours renforcé chez lui se sentiment profond, nostalgique, son amour réel pour les villes où il a vécu, qu'il décrit remarquablement bien dans ses livres, notamment Istambul et son pays natal.


A la question posée sur le fait qu'il n'écrit pas directement ses romans en français alors qu'il le parle couramment, Nedim Gürsel nous a répondu en évoquant  son enfance et son attachement profond pour la France. Citons son
ouvrage : « Belle et rebelle ma France » et ses mots « Paris a fait de moi un écrivain ».


Le 12 mars 1971, lors du coup d'état en Turquie, Nedim Gürsel avait 20 ans. Militant d'extrême gauche, ce sera son premier procès politique. Lors du deuxième coup d'état en 1980, il sera contraint à l'exil et sera accueilli par la France qui lui rappelle l'amour qu'il avait pour son père. Ce dernier, professeur de Français a vécu à Paris. L'auteur l'a peu connu car il est mort jeune dans un accident de voiture mais son goût pour la littérature française est intimement lié au souvenir de son père. Nedim Gürsel a commencé à écrire dès l'âge de 9 ans, ses auteurs fétiches étant Baudelaire « l'invitation au voyage », Camus, Sartre, Gide....


Il tient à écrire avec sa langue maternelle car pour lui écrire en turc ou en français n'est pas du tout la même chose. Il s'agit de deux univers linguistiques très différents et le choix du traducteur est très important. S'il fréquente aujourd'hui essentiellement des français, il ne renie pas sa langue. L'exil lui permet d'avoir un regard attentif à sa
langue maternelle, plus académique, plus précise dans l'écriture. C'est aussi pour lui le témoignage de son attachement indéfectible à son pays d'origine.


Cette rencontre nous a permis de découvrir un auteur érudit, attachant dont la pensée se nourrit du passé et leçons de l'histoire, un homme ouvert sur le monde d'aujourd'hui qui a enchanté les 90 personnes présentes à cette rencontre.

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